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Le tourisme en Russie: un potentiel inexploité

Posted by Kris Roman on March 17, 2008

Par Maxime Krans, RIA Novosti  Les ministères et départements russes continuent de faire le bilan de l’année 2007. Cette fois-ci, c’était au tour de Rostourizm, Agence fédérale russe pour le tourisme (AFT). Au cours du collège organisé lundi dernier, le directeur de l’agence Vladimir Strjalkovski a commencé son discours par une bonne nouvelle: le nombre de Russes qui se sont rendus à l’étranger en 2007 a augmenté de 18% par rapport à l’année précédente. Par la suite, c’est une nouvelle moins réjouissante qu’il a dû annoncer: le flux de touristes étrangers en Russie n’augmente pas, même s’il ne se réduit pas non plus, comme ce fut le cas les années précédentes. Il a diminué d’un quart au cours de ces cinq dernières années. Pourquoi les étrangers ne veulent-ils pas se rendre en Russie? L’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a enregistré un nouveau record l’année dernière: le nombre total de voyageurs s’étant rendus à l’étranger en quête de nouvelles sensations, pour des vacances ou dans le cadre de voyages d’affaires, s’est chiffré à 900 millions, or seulement 20 millions se sont envolés pour la Russie. A titre de comparaison: la France a accueilli 80 millions d’étrangers et la capitale britannique, à elle seule, 18 millions (et ce, sans compter les 12 millions de provinciaux britanniques qui l’ont visitée). N’est-il pas tentant pour les étrangers de contempler les trésors du Kremlin de Moscou, de marcher le long des quais de Saint-Pétersbourg ou de bronzer sur les plages de Sotchi? Si, à en juger par les résultats des sondages réalisés par les agences de voyages. Mais en réalité, peu de gens peuvent se permettre un voyage en Russie. Par exemple, un circuit de huit jours revient à un Européen à environ 1.500 euros, un prix qui équivaut à un voyage de deux semaines en Chine ou à deux voyages au sein de l’Union européenne. Les tarifs exorbitants des hôtels russes, surtout dans les deux capitales (Moscou et Saint-Pétersbourg), qui accueillent 80% des touristes visitant la Russie sont la principale raison expliquant des prix si élevés. Pour s’en assurer, il suffit de consulter l’un des sites permettant de réserver une chambre d’hôtel à Moscou. Voici ce qu’on y trouve: Ararat Park Hyatt – 26.000 roubles la nuit (plus de 700 euros), Baltschug Kempinski – 19.600 roubles (plus de 530 euros). Certes, ce sont des hôtels de luxe (“cinq étoiles”), mais les prix des hôtels “trois étoiles” ne sont pas moins impressionnants: Heliopark Empire – 8.100 roubles (220 euros), Holiday Inn – 8.600, Zaria (un hôtel typiquement soviétique pour un public peu exigeant) – 4.500 roubles (122 euros). Notons qu’il s’agit là d’une saison morte sur le plan touristique. Selon l’OMT, le voyageur occidental moyen est prêt à payer pour une chambre d’hôtel entre 80 et 100 dollars au maximum (soit 1.900-2.400 roubles, 50-65 euros). Mais il est impossible de trouver un hôtel relativement bon marché en Russie. Cependant, un grand nombre d’hôtels ont été construits ces dernières années dans les villes russes: selon certaines estimations, le volume du marché s’élève à 1,7-2 milliards de dollars, avec une croissance annuelle de 20-25%. Mais en raison du coût élevé des terrains et du temps important de retour sur investissement, il est désavantageux de construire des hôtels de classe moyenne, même si la demande pour ce genre d’établissements à Moscou dépasse de 30 fois l’offre. Les autorités moscovites promettent depuis des années de lancer un programme de construction d’hôtels bon marché. Conformément à leurs ambitieux projets, le nombre de touristes étrangers se rendant à Moscou devrait atteindre 5 millions d’ici deux ans pour se chiffrer à 10 millions de personnes vers 2020. Il est difficile de croire que ces projets puissent être réalisables, si l’on prend en compte qu’à l’heure actuelle, la capitale russe ne compte que 219 hôtels, susceptibles d’accueillir un peu plus de 72.000 personnes. Cependant, le déficit hôtelier, accompagné de l’augmentation artificielle des prix, ne sont pas les seuls obstacles empêchant la Russie de devenir une grande puissance touristique. S’y ajoutent des restes de l’époque soviétique s’exprimant à travers le comportement inhospitalier du personnel hôtelier, les procédures d’obtention de visa très compliquées, les particularités russes exaspérantes comme le contrôle des passeports, le prix d’entrée des musées – plus élevé pour les étrangers que pour les Russes – la situation criminogène dans les villes russes et, naturellement, les interminables embouteillages et le mauvais état des routes en Russie… Qui plus est, les Russes ne savent pas organiser les infrastructures nécessaires autour des différents lieux touristiques artificiels ou naturels, à la différence des pays touristiques expérimentés, qui entourent d’hôtels, de restaurants et de magasins débordant de souvenirs tout site un tant soit peu remarquable que l’on peut trouver sur leur territoire. Or, la Russie regorge d’endroits pittoresques et intéressants, comme par exemple le lac Baïkal, mentionné entre autres lors du collège de Rostourizm. Voilà un vrai cadeau pour le secteur touristique russe, pourrait-on penser. Mais non: cette région gigantesque ne possède que deux hôtels convenables à Irkoutsk et quelques bases touristiques antédiluviennes sur le littoral et dans l’île d’Olkhon. Alors, peut-on s’étonner que cette région – unique pour ses possibilités en matière de loisirs – ait été visitée par seulement 51.800 touristes étrangers l’année dernière? Les auteurs d’un rapport spécial du Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC), qui analyse l’état de ce secteur en Russie, recommandent au gouvernement de placer l’industrie touristique parmi les priorités de développement. D’après leurs prévisions, si l’Etat parvient à créer des conditions favorables au développement du secteur, la part des recettes provenant du tourisme dans le PIB pourra atteindre 9,1% d’ici 2016. D’après les estimations de Vladimir Strjalkovski, à l’heure actuelle, elle n’est que de 2,5-3%. Il faut souligner que personne ne sait quelle est la part de ce secteur en réalité. Ceci confirme une fois de plus que l’industrie touristique continue d’être considérée en Russie comme un secteur nécessaire mais néanmoins peu important de l’économie russe, et qui est, bien entendu, loin d’être prioritaire.

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