European Friends of Russia

N-SA denktank over Rusland – N-SA thinktank about Russia

La Russie, l’Europe, le monde

Posted by Kris Roman on May 6, 2008

Par André Waroc

Aujourd’hui, mon regard de Français se tourne vers la Russie. La Russie ; une gigantesque métaphore à elle seule. Les images qui viennent à l’esprit de l’Européen de l’Ouest, en entendant ce nom, sont tout sauf banales : de Lénine à Poutine, des Tsars aux mafias, du Docteur Jivago à la guerre en Tchétchénie, de Raspoutine à Abrahamovitch, le tout arrosé de vodka frelatée. Même l’Allemagne n’est plus, pour nous autres « Gaulois », source aussi vive de fantasmes, d’images attisant tour à tour fascination et crainte.

Mais au-delà de tout ce romantisme, la question qui se pose aujourd’hui est de savoir vers quel autre pays peut se tourner un Européen qui ne s’est pas encore décidé à la dissolution de son identité dans l’immigration de masse, et à celle de son pays dans l’U.E., ou l’O.T.A.N. (c’est la même chose).

Face à la soumission totale des autres nations d’Europe à l’impérialisme américain et à l’idéologie mondialiste kouchnerienne, le seul motif de satisfaction, mais il est de taille, est la renaissance de la Russie suite à l’avènement de Vladimir Poutine.

Quelques chiffres : en huit ans, une croissance de presque 7 % par an, un niveau de vie triplé, le taux de chômage réduit de moitié. La Russie, d’après une étude commandée par la banque Goldman-Sachs, deviendrait la sixième puissance économique mondiale à l’horizon de 2050, devançant à cette date la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France.

Ce redressement spectaculaire a été rendue possible par deux événement quasi-simultanés : l’explosion du prix des hydrocarbures, et la « renationalisation » de Gazprom, le gigantesque consortium qui en assure l’exploitation. Pour le dire autrement : Gazprom a quitté la logique du libre-échangisme mondialisé pour devenir un instrument de la politique nationaliste du Kremlin, c’est-à-dire que l’économie s’est mise au service du politique. Ce qui est exactement l’inverse de ce qui se passe en Europe de l’Ouest et notamment en France, ou les dirigeants des multinationales, en obtenant du pouvoir l’accroissement de l’immigration et la suppression toujours plus complète des barrières douanières,s’enrichissent en tiers-mondisant la société.

La Russie, quant à elle, premier détenteur mondial de réserves de gaz et de pétrole, se « saoudise » en faisant de sa colossale richesse en matières premières la quasi-unique source économique de sa puissance politique. Comme le disait Oli Perheentupa, ministre des affaires étrangères de la Finlande (frontalière) en 2004 : « Ce qui est à la fois intéressant et triste de constater est que la structure des exportations russes vers notre pays est principalement composée de matières premières énergétiques et non pas de produits à forte valeur ajoutée, reflétant ainsi les difficultés continues de l’économie russe à devenir vraiment une économie moderne et développée. »

Cette inaptitude à une véritable industrialisation, à la production et à l’exportation de produits manufacturés en série est une constante, non en Europe slave (des pays comme la Pologne ou la République tchèque ne sont pas concernés), mais beaucoup plus précisément dans les pays de tradition orthodoxe, qu’ils soient slaves (Russie, Serbie, Biélorussie, etc.) ou non (Grèce, Roumanie). Le communisme soviétique fut une tentative des Russes de reprendre à leur compte et d’appliquer les croyances « occidentales » en l’eschatologie technologique, c’est-à-dire au « progrès », idée qui provient en réalité de décisions théologiques prises en Europe de l’Ouest, après le schisme de 1054, par les Papes de la réforme grégorienne (voir mon texte « Les idiots utiles du christianisme occidental »). Il s’agit donc ici d’un aspect structurel de la psychologie collective des chrétiens orthodoxes.

Néanmoins, l’avantage que possède la Russie sur l’Europe de l’Ouest, même si les sources de sa puissance restent fragiles, c’est justement cette volonté de puissance, quand l’Allemagne, la France ou l’Italie semblent y avoir totalement renoncé, pour des raisons tenant à la fois, elles aussi, de leur psychologie collective originelle, et du traumatisme de la Seconde Guerre mondiale. L’Angleterre comme la Russie ont été les deux grands vainqueurs européens de cette guerre. Elles en ont tiré, ne l’oublions jamais, des conclusions diamétralement opposées à celle de la France ou de l’Allemagne quant à leur avenir politique après 1945. Ce n’est aucunement un hasard si, encore aujourd’hui, elles refusent de participer à la construction européenne, excepté le fait que les Britanniques ont accepté l’idée d’un marché commun économique, tout en refusant l’euro. La Grande-Bretagne en est resté à l’Europe des nations. (Il est à craindre, néanmoins, que son appartenance indiscutable à la civilisation ouest-européenne ne soit de nature à faciliter la propagation de l’idéologie bruxelloise. Perméabilité culturelle qui est une constante entre des pays appartenant à la même civilisation.

Vladimir Poutine, prenant acte de l’assujettissement total de l’Europe de l’Ouest à l’idéologie mondialiste et aux États-Unis, a définitivement enterré l’idée d’une hypothétique alliance « Paris-Berlin-Moscou » qui restera à l’état de fantasme chez quelques « identitaires » totalement marginalisés. L’Europe de l’Ouest est irréformable. À ceux qui espèrent, sur le plan politique, philosophique, ethnique, sa refondation totale, contentons-nous de dire que cela passe, très logiquement, par la destruction totale des principes politiques, philosophiques, idéologiques qui la soutiennent et la soutiendrons jusqu’au cataclysme final. Il ne peut en être autrement : la fausseté de principes (l’égalitarisme, le relativisme, l’universalisme démocratique, etc.) érigés en croyance religieuse ne pourra être démontrée qu’en appliquant leur logique jusqu’au bout. Seule la réalité claire, incontestable et visible par tous de l’échec de ces principes pourra permettre leur évacuation, comme ce fut le cas pour le communisme en U.R.S.S.

En attendant ce jour, seule la Russie peut perpétuer le souverainisme européen en cessant, paradoxalement, de se réclamer d’une Europe dont le nom même est détourné de son sens originel, et désigne dorénavant une société bureaucratique soutenant l’expansion mondiale des principes déjà exposés.

Ne se sentant plus liée par aucune pesanteur historique ou sentimentale, ayant résolument tourné le dos à une « fin de l’histoire » à laquelle seule continue de croire l’Europe de l’Ouest, la Russie attaque, esquive, noue des alliances, cherche l’affrontement ou essaie au contraire de l’éviter, alterne brutalités d’un autre âge et subtiles manœuvres diplomatiques. Sur ce point, la Russie actuelle prolonge l’U.R.S.S. Celle-ci, qui sur le plan intérieur fut un désastre, avait développé les moyens d’une politique étrangère terriblement efficace, à commencer par des services de contre-espionnage peut-être les plus performants au monde ; en matière d’armement, un développement poussé à l’extrême des hautes technologies, mixé hélas avec le concept d’une « armée du peuple » totalement archaïque, et qui a montré toute son impotence dans la première guerre de Tchétchénie (conflit « asymétrique ») .

L’axe principal de la diplomatie russe face à l’encerclement américain est le contrôle de son « étranger proche », et en premier lieu les ex-républiques soviétiques, que les États-Unis essaient d’arracher à l’orbite du Kremlin.

Plus intéressante encore est l’ébauche d’une alliance tripartite entre la Russie, l’Inde et la Chine, c’est-à-dire entre les leaders politiques incontestés des civilisations orthodoxe, hindoue et confucéenne. L’alliance sino-russe est déjà, au moins partiellement, une réalité, et s’est d’ailleurs en quelque sorte imposé aux deux pays, la Chine et la Russie tirant une conclusion logique du fait qu’elles constituaient les deux cibles privilégiées, voire exclusives, des États-Unis d’Amérique. En 2005, les deux nations ont pendant une semaine, pour des manœuvres de grande ampleur, mobilisé une flotte conjointe de 140 sous-marins et navires militaires entre Vladivostok et la mer Jaune. Si la Russie entretient également des relations privilégiées avec l’Inde, l’écueil le plus important est la politique traditionnelle de défiance de la Chine à l’égard de New Delhi. Politique qui peut aisément se renverser, les Chinois dans leur ensemble n’éprouvant pour l’Inde aucune haine particulière ni hostilité de principe, contrairement à ce qui se passe par exemple pour le Japon.

Cette alliance, pour l’instant encore hypothétique et dirigée contre l’impérialisme américain, a encore plus de raisons d’être face à l’expansionnisme islamique que doivent combattre et que devront combattre de plus en plus ces trois pays. La Chine possède le Xinjiang, l’Inde le Cachemire, la Russie la Tchétchénie, l’Ingouchie, le Tatarstan, etc. Ces minorités musulmanes sont un problème crucial pour les trois États, tous engagés dans la répression armée de guérillas continuelles, employant le terrorisme. Contre l’impérialisme américain et l’offensive globale, militaro-politico-démographique, de l’islam, l’interposition concertée de l’Inde, de la Chine et de la Russie, en plein boom économique, ne peut être que souhaitée.

Face à l’évolution d’un monde de plus en plus chargé de menaces, on ne peut hélas que constater l’effacement total de l’Europe de l’Ouest, qui réduit ses budgets militaires (ou les maintient à un niveau anémique) alors que le monde entier se réarme, qui semble persuadé que rien ne pourra troubler son projet d’édification d’un « village global » définitivement pacifié et prospère, alors que ce concept, à l’intérieur même de l’Union européenne, n’a jamais aussi peu correspondu à la réalité.

Protectorat américano-marxiste depuis 1945, les nations d’Europe de l’Ouest ne sont plus en aucun cas des acteurs de la politique internationale, et d’abord parce qu’elles ont choisi de ne plus l’être. Le cataclysme qui attend ces nations, sous l’effet de la colonisation islamique, nous oblige à considérer la Russie, actuellement en pleine ébullition, réactivant en même temps la maîtrise technologique soviétique et l’idéal messianique orthodoxe dans une perspective archéofuturiste, comme le seul et unique recours possible de l’Europe.

 

 

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